Le 31 janvier, nous étions plus de 10 000 personnes dans les rues d'Iruñea et de Bilbao contre le fascisme et l'autoritarisme. Bien que trois semaines seulement se soient écoulées depuis, l'actualité de ce qui y a été dit est devenue évidente. La réaction avance et seul une organisation militante engagée pourra y faire face.
Fin janvier, le candidat d'extrême droite aux élections municipales de Bayonne a été chassés du marché par des antifascistes, qui lui ont notamment jeté de la farine. Quelques semaines plus tard, il a été rendu public qu'il avait porté plainte et qu'une enquête était en cours. Bien que l'incident puisse être assez courant, la réaction de Didier Damestoy, candidat de la liste Bayonne en Mouvement mérite d'être commentée. Ce candidat de la liste de gauche, soutenu par EH Bai, EELV, Générations et d'autres, a revendiqué le droit de faire campagne pour le candidat d'extrême droite et a condamné la violence des militants antifascistes. Inutile de rappeler que ces déclarations ont pour effet de normaliser le fascisme et de criminaliser l'antifascisme.
Puis est venue la controverse autour du carnaval d'Hasparren. Là, une effigie ressemblant au leader du RN, Bardella, a été brûlée, et les images ont été diffusées dans tout l'État français, criminalisant l'extrême gauche et blanchissant l'extrême droite. Dans ce cas également, une enquête est en cours et la répression est très probable. Les candidats d'extrême droite sont intouchables, même dans le contexte du carnaval, et le pouvoir médiatique a déjà fait le travail de la police.
Enfin, si on se tourne vers la France, les événements de Lyon occupent toute la scène. À Lyon, des fascistes ont attaqué un événement de gauche, les antifascistes ont riposté et un militant fasciste a été tué dans la bagarre qui a suivi. Cela a été suivi d'une offensive majeure contre l'antifascisme et la gauche, avec la publication des coordonnées personnelles de dizaines de personnes et la criminalisation de leurs groupes. Quelques militants arrêtés sont liés à la LFI, et comme l'un des détenus était l'assistant d'un député de la LFI, le parti électoral a également dû subir une campagne de criminalisation. Ces derniers jours, ils ont subit des attaques fascistes, notamment une fausse alerte à la bombe et des attaques contre leur siège politique. Nous devons bien sûr dénoncer l'harcélement, la criminalisation et les attaques qu'ils subissent. Mais même si la FI a reçu du soutien face à cette persécution, les antifascistes qui affrontent le fascisme dans la rue et subissent directement la répression ont été laissés sans aucune protection, sans presque aucun soutien politique ou médiatique. Bien sûr, les dirigeants de LFI n'ont pas hésité à prendre leurs distances avec ceux qui ont participé à la bagarre. Au nom de leur propre survie et des résultats des prochaines élections, ils ont abandonné leurs camarades les plus proches, du moins publiquement.
Comme l'a déclaré GKS lors de ses grandes manifestations de , nous avons deux tâches principales si nous voulons vraiment lutter contre le fascisme. Premièrement, nous devons créer et développer des organisations communistes fondées sur une militance disciplinée et une clarté idéologique. Deuxièmement, et par le biais de ces organisations, nous devons construire un front de classe contre le processus d'autoritarisation des Etats dans toute l'Europe. Seul ce front peut faire face à l'offensive réactionnaire à tous les niveaux, tant sur le plan idéologique que dans la rue. Nous devons organiser la solidarité avec ceux qui souffrent de la répression pour s'être opposés au fascisme et diffuser un projet révolutionnaire capable d'offrir une issue à la crise. Bien sûr, ce front doit être indépendant de la gauche réformiste. La dissociation et la criminalisation ne sont pas une coïncidence, mais plutôt les conséquences inévitables de la stratégie réformiste. La social démocratie est claire sur la manière dont elle veut faire de la politique et avec qui elle veut le faire; nous devons le savoir nous aussi.
Comme on l'a vu au cours de ces trois semaines, l'oligarchie ne perd pas de temps et l'offensive autoritaire avance ; nous ferions bien, nous aussi, de ne pas perdre de temps.