La crise historique du capital et la chute globale des taux réels d’accumulation poussent les oligarchies à mener une offensive économique contre les peuples travailleurs du monde entier. Les grandes puissances sont également engagées dans une escalade belliciste visant le contrôle de ressources de plus en plus rares, des grands écosystèmes productifs, des routes majeures du commerce mondial, des approvisionnements stables en composants industriels, ainsi que des zones stratégiques d’investissement du capital.
La crise historique du capital à l’échelle mondiale, qui implose depuis le début du siècle, se conjugue en Occident à la décadence impériale de l’atlantisme, autrement dit à la crise économique et sociale spécifique de l’Occident, où l’Europe apparaît comme l’avant-garde de cette décadence impériale atlantiste, dépourvue qu’elle est de projet politique et social propre. Au sein des sociétés occidentales, où la crise coïncide avec la perte de centralité impériale sur l’échiquier mondial, il se produit un profond déchirement social après de longues décennies durant lesquelles la composition de classe se constituait d’un prolétariat appauvri qui se trouvait en minorité relative par rapport aux larges couches aisées de l’aristocratie ouvrière et de la petite bourgeoisie.
La crise économique et sociale occidentale frappe les classes moyennes sous la forme d’une destruction progressive de la stabilité de la structure de l’emploi, d’une baisse continue des salaires, d’un démantèlement progressif de l’État d’assistance —santé, éducation, prestations sociales, etc.—, et plus généralement d’une désintégration sociale croissante —processus accentués par l’offensive de classe consciemment menée par l’oligarchie—. La dégradation des conditions de vie provoque la fracture de l’imaginaire social des classes moyennes —cet imaginaire que l’aristocratie ouvrière et la petite bourgeoisie avaient consolidé au fil de longues décennies de stabilité impériale— et a des conséquences directes sur la culture, l’idéologie et la vision politique des classes moyennes composées de fonctionnaires, d’ouvriers qualifiés, du personnel politique et des professions libérales, ainsi que sur de larges couches des petits capitalistes industriels, agricoles et tertiaires d’Europe et des États-Unis.
Les grands changements culturels et idéologiques actuels sont le résultat essentiellement de deux facteurs généraux: d’une part, la tendance culturelle objective propre aux classes moyennes, et d’autre part, l’existence d’un vaste programme de propagande des élites destiné à orienter ces couches sociales intermédiaires vers la réaction. En l’absence de toute politique consciente et organisée, en l’absence d’un grand éducateur de masses, comme le furent en leur temps les grands partis marxistes, le mouvement culturel des classes moyennes reste entièrement ancré dans la vision du monde bourgeoise, trouvant pour seule voie de —fausse— radicalisation, face aux turbulences, la réaction idéologique.
Autrement dit, la vaste aristocratie ouvrière occidentale, privée de conscience socialiste de masse, inconsciente de son essence objective prolétarienne, est incapable de s’unir au prolétariat sous la forme d’un parti et d’un programme historiques indépendants, et bascule complètement dans la direction opposée —particulièrement ses générations les plus jeunes— vers les positions les plus extrêmes de l’idéologie bourgeoise, sous la forme de la réaction. Le prolétariat occidental, quant à lui, après de longues décennies de désarticulation idéologique et politique, atomisé et dépolitisé, est pour l’instant incapable de diriger la recomposition du bloc historique révolutionnaire.
L’oligarchie a dans sa ligne de mire la désintégration progressive de l’aristocratie ouvrière occidentale, la destruction de l’État d’assistance, la centralisation du capital et l’investissement dans des zones de plus grande rentabilité —et, pour cela, elle doit anéantir politiquement toute possibilité de riposte des classes travailleuses—. C’est pourquoi, à son programme d’offensive économique s’ajoute un programme d’offensive politique et culturelle. Ce programme est articulé par l’oligarchie atlantiste selon trois axes —idéologique, politique et étatique— faisant du fascisme contemporain un phénomène bien plus complexe que ne le prétend la politique professionnelle bourgeoise avec ses hypocrites "cordons sanitaires".
Sur le plan idéologique, la stratégie de l’oligarchie consiste à transformer la classe moyenne —de gauche comme de droite—, affaiblie mais encore politiquement active, en une classe réactionnaire, soutenant les politiques autoritaires et exerçant une influence culturelle sur le prolétariat à travers ses mécanismes hégémoniques, afin de bloquer toute perspective de politique révolutionnaire. Les grandes plateformes technologiques jouent un rôle non négligeable dans la mise en œuvre de ce programme.
Sur le plan politique, on observe la cristallisation progressive de ce phénomène idéologique en un nouveau mouvement fasciste. Ce mouvement se compose de trois éléments: les grands partis électoraux d’extrême droite, qui servent de leviers médiatiques et institutionnels; la reconstitution d’organisations fascistes destinées à la formation de cadres idéologiques et organisationnels; et enfin, la formation de groupes violents agissant dans la rue.
Au niveau étatique —point culminant du programme atlantiste sur le plan intérieur—, l’oligarchie cherche à mettre en œuvre une réforme de grande ampleur, visant à anéantir l’État démocratique libéral et à établir un nouveau projet d’État autoritaire.
Nous allons à présent analyser en détail chaque axe de ce programme stratégique de l’oligarchie, qui vise à redéfinir la relation de classe dans l’ensemble de la civilisation occidentale.
Pour commencer: comment devons-nous comprendre la réaction? De notre point de vue, la réaction est une forme culturelle et idéologique qui affecte toutes les familles politiques du bloc historique du capital, y compris les gauches. Ses principales caractéristiques sont les suivantes:
Premièrement, la réaction repose sur une manière irrationnelle d’articuler le débat politique, et à partir de là, la sphère politique dans son ensemble. Elle fixe les coordonnées du débat politique dans le relativisme, les attaques ad hominem, la falsification médiatique des faits, la dissimulation systématique des causes rationnelles des problèmes, et la destruction de toute tentative de rationalisation du débat politique. La social-démocratie et le libéralisme sont responsables d’avoir établi ce principe formel du politique —véritable porte d’entrée de la réaction face à la grande politique rationaliste du cycle révolutionnaire antérieur— afin de soutenir idéologiquement la politique bourgeoise et l’exploitation capitaliste.
Deuxièmement, la réaction repose sur l’idée que la solution à la crise se trouve dans la reconstruction nationale, autrement dit dans un retour au nationalisme. L’imaginaire impérialiste des classes moyennes s’articule ainsi à son grand continent, la nation, dans un retour au nationalisme économique et identitaire, à l’illusion d’une réindustrialisation, etc., au lieu de reconnaître rationnellement l’impossibilité impériale future des nations occidentales, l’injustice historique de l’impérialisme occidental et la cause réelle de l’existence des larges classes moyennes occidentales, à savoir l’exploitation coloniale des peuples périphériques. Cela conduit, en retour, à un renforcement de la vision nationale des problèmes, au lieu d’une compréhension globale et historique des phénomènes.
Troisièmement, l’afflux contemporain de grandes migrations vers l’Occident, largement provoqué par la multiplication des guerres coloniales de ces dernières décennies, est perçu par l’aristocratie ouvrière autochtone en décomposition comme une menace pour son statut économique et son ordre social et culturel interne. Cela se traduit par la généralisation du racisme social: un racisme social qui, s’il accepte les différences culturelles, les veut néanmoins à distance; qui, s’il accepte les personnes migrantes, ne le fait qu’à condition qu’elles se résignent à leur place inférieure dans l’ordre social et économique occidental.
Enfin, en tant que forme générale de ce qui a été mentionnée précédemment et à mesure que la masse salariale diminue, l’on constate une extension du classisme: le point de vue corporatiste du travailleur qualifié qui méprise le travailleur non qualifié; du retraité habitué à de hauts revenus qui méprise le jeune mal payé; du salariat supérieur qui méprise le salariat inférieur; de l’employé qui méprise le chômeur; bref, le mépris social de l’aristocratie ouvrière envers les figures en expansion du prolétariat —et son envers: l’admiration de masse pour le grand exploiteur industriel, le parasite youtubeur ou l’investisseur boursier, le rentier qui exploite misérablement ses locataires, etc.—.
La réaction, en tant que phénomène culturel de masse, affecte toutes les familles politiques de la classe moyenne et du bloc de l’ordre. Personne n’est à l’abri de ce virus, et le seul remède réside dans la radicalité réelle d’un nouveau rationalisme révolutionnaire face à la décadence de l’ensemble de l’ordre bourgeois.
Progressivement, à mesure que les tendances culturelles de la réaction se radicalisent, l’oligarchie commence à financer et à mettre en avant les expressions politiques de ce phénomène. Comme nous l’indiquions dans l’introduction, elle commence à soutenir de grandes plateformes électorales d’extrême droite ou ouvertement fascistes, d’anciennes et de nouvelles organisations de cadres, des think tanks et des médias fascistes, etc. Simultanément, des groupes violents commencent à agir en toute impunité dans les rues et au sein même des forces armées et policières. Des États-Unis à l’Ukraine, le phénomène des escadrons paramilitaires se généralise. Tous ces groupes, organisations et plateformes, dans la mesure où ils répondent à un axe programmatique commun, sont les manifestations différenciées d’un même processus unitaire : la formation d’un nouveau mouvement fasciste en Occident. Ses bases politiques —qui constituent la radicalisation des prémisses réactionnaires— peuvent se résumer ainsi:
Premièrement, la radicalisation extrême de l’irrationalisme aboutit au traditionalisme: attachement au passé impérial, à la domination de l’homme sur la femme, du fort sur le faible, aux valeurs morales et sexuelles traditionnelles, à la célébration des structures de l’Ancien Régime ou de l’État autoritaire du milieu du XXᵉ siècle. Et surtout, il se produit une défense acharnée du libéralisme le plus sauvage et des principes de classe de l’ultralibéralisme.
Deuxièmement, le retour au nationalisme conduit à un ultranationalisme violent, où la nation redevient la fin et la totalité du politique, supprimant les classes et les individus. Cela se traduit par la valorisation de la nation propre comme supérieure aux autres et la nécessité de la reconstruire contre les autres et contre les ennemis intérieurs, en particulier le prolétariat migrant et le marxisme.
Troisièmement, et en lien avec ce qui vient d’être dit, le racisme social de la réaction se radicalise en suprémacisme: la conviction que sa propre culture et civilisation sont supérieures et qu’il faut les purger violemment des éléments "étrangers". La traque de l’immigrant, la religion considérée comme supérieure aux autres, la haine de la différence perçue comme inférieure deviennent des matrices de violence contre les populations migrantes.
Quatrièmement, le moralisme classiste et ouvriériste débouche sur un darwinisme social violent: la haine du chômeur ou de tout secteur prolétaire, et l’idée que le prolétariat doit être éduqué à coups de force si nécessaire.
Ainsi, la généralisation des principes réactionnaires dans les bases sociales des partis traditionnels, notamment parmi la nouvelle génération des classes moyennes, constitue la condition de possibilité de leur recomposition en un nouveau pôle politique —radicalisation de la réaction— qui, à son tour, sert de levier pour la réforme menant à l’État autoritaire.
Paradoxalement, l’idée programmatique d’un État faible en politique extérieure, totalement dépendant des centres de pouvoir supra- et para-étatiques de l’oligarchie, s’accompagne d’une idée d’État renforcé pour la politique intérieure. Cet État doit rompre le pacte de classes, anéantir la classe travailleuse comme sujet de droit, et ériger un mur contre toute future recomposition du prolétariat en bloc révolutionnaire. De cette manière, l’oligarchie —avec l’aide inestimable de l’ensemble de l’arc parlementaire— pave la voie au fascisme, au rythme des réformes législatives, de l’expansion de l’impunité policière et de la propagande militariste. Et ce sont là même les fondements du nouvel État autoritaire. En un mot: bien qu’un gouvernement fasciste ou d’extrême droite accélère le processus, ce sont les partis libéraux et sociaux-démocrates classiques qui, dans chaque État, développent le même processus de réforme de l’État.
En premier lieu, l’on assiste à une réforme progressive de la législation et du pouvoir judiciaire, de manière à anéantir totalement tout droit des classes travailleuses, ou, ce qui revient au même, à appliquer ce que la bourgeoisie a toujours fait aux populations à faible productivité: zéro concessions. En somme, il s’agit de la destruction de tous les droits sociaux, politiques, syndicaux, de la liberté d’expression, etc., conquis par le cycle révolutionnaire précédent et ensuite maintenus sur la base d’un pacte de classes impérialiste, particulièrement en Europe. La désarticulation de la forme démocratique-libérale de l’État équivaut à la destruction du travailleur en tant que sujet de droit, dans le plus pur style des États autoritaires des XIXᵉ et XXᵉ siècles.
En deuxième lieu, il se produit une désarticulation de l’État de droit lui-même, remplacé par l’État policier, cette forme d’État où c’est la fonction policière qui définit les limites d’ingérence du droit, et non l’inverse. L’État de droit, l’universalité formelle de la loi et la forme constitutionnelle ne sont pas rejetés, mais leur portée est désormais restreinte, à mesure que l’exception devient la norme et que l’impunité policière progresse, gagnant en acceptabilité sociale. L’État autoritaire, en tant qu’État policier, prétend être un État hobbesien, où la violence policière —y compris les assassinats extrajudiciaires— se normalise peu à peu, comme on a pu le constater aux États-Unis, en France, en Ukraine, en Pologne et dans bien d’autres pays sous des formes extrêmes, mais dont on voit déjà les manifestations embryonnaires dans chacun des États occidentaux.
En troisième et dernier lieu, l’État militariste. Les investissements publics sont détournés vers le réarmement afin de servir les besoins impériaux de l’oligarchie, tandis que celle-ci investit elle même dans le secteur de l’armement pour piller le salaire global ; les populations travailleuses sont soumises à un bombardement propagandistique constant, fondé sur la peur de la menace étrangère, afin de les préparer, d’une part, à accepter docilement l’autoritarisme croissant —y compris l’usage des forces armées contre la classe ouvrière intérieure, comme on le voit aux États-Unis— et, d’autre part, à admettre que, tôt ou tard, elles seront utilisées comme chair à canon dans la boucherie impérialiste des oligarchies.
L’anéantissement de la forme démocratique-libérale de la dictature bourgeoise, l’État policier et le militarisme sont les trois ingrédients principaux du nouvel État autoritaire occidental, véritable aboutissement du nouveau mouvement fasciste, que les sociaux-démocrates et les libéraux de tout poil ont déjà mis en marche de leur propre chef, dans un suivisme nauséabond envers les élites oligarchiques, et qui se trouve rétro-alimenté par l’idéologie de masse réactionnaire propagée par les grands médias et les grandes entreprises technologiques.
Comme nous l’avons vu, le phénomène de montée du fascisme ne peut être compris (ni combattu) qu’en intégrant à l’analyse, d’une part, son présupposé social: la réaction culturelle des classes moyennes ; et d’autre part, son résultat stratégique: l’État autoritaire. Et cet ensemble ne prend forme qu’à partir du concept programmatique de classe. C’est ainsi qu’apparaît enfin le véritable ennemi de classe derrière le fascisme: l’oligarchie atlantiste et les fondements capitalistes de la société occidentale.
L’oligarchie est l’agent qui pousse le fascisme en avant, non pas tant parce qu’elle finance discrètement les trois grands pôles du mouvement fasciste mentionnés précédemment (plateformes électorales d’extrême droite, organisations idéologiques et groupes de rue), mais à travers son agenda explicite de propagande réactionnaire —et surtout— parce qu’elle est la principale promotrice de son résultat: un nouvel État autoritaire et militariste. C’est dans cette direction que vont ses directives, émanant des grandes institutions oligarchiques occidentales, européennes et états-uniennes, à travers leurs plans de réforme politique et leur agenda militariste.
Il s’ensuit que faire face au fascisme, ce n’est pas choisir le visage aimable, périmé, du programme politique de l’oligarchie, mais au contraire de s’opposer directement à cette dernière, à son mouvement et à ses axes programmatiques idéologique et étatique: au fascisme, à la réaction et à l’État autoritaire. Face à la décadence impériale occidentale et au moteur grippé de l’accumulation, il n’existe que deux options: l’État autoritaire ou l’État socialiste. L’oligarchie le sait aussi bien que les communistes; c’est pourquoi elle tente de prendre l’avantage, en articulant selon ses propres prémisses l’ensemble de la classe travailleuse. Pour le reste, que l’État autoritaire se développe progressivement sous la houlette de l’hypocrite bipartisme des sociaux-démocrates et des libéraux suivistes, ou qu’il le fasse plus rapidement par le biais de grandes plateformes d’extrême droite, le résultat final sera le même: impunité du fascisme dans la rue, généralisation de la réaction idéologique, destruction de la démocratie formelle, État policier et boucherie impérialiste.
Partant de la situation actuelle, quelle doit donc être la ligne politique des communistes face à l’offensive politique de l’oligarchie?
La ligne politique se compose de deux grandes tâches distinctes: la tâche stratégique, résumée dans la formule "parti et programme", et la tâche tactique consistant à recomposer défensivement la classe sous la bannière d’un antifascisme intégral actualisé.
En premier lieu, la tâche stratégique consiste en la recomposition du parti prolétarien et du programme révolutionnaire, sans lesquels il est impossible de faire face à l’oligarchie. Face à la proposition d’ensemble de cette dernière —fausse pour la classe travailleuse— qui prétend résoudre les problèmes du capitalisme et de l’autoritarisme par davantage de capitalisme et davantage d’autoritarisme, nous avons besoin d’un parti capable sur le plan organisationnel, doté d’un caractère de masse dans l’ensemble des sociétés occidentales, et porteur d’un programme révolutionnaire actualisé sur toutes les grandes questions, sous l’objectif stratégique du socialisme et de l’idée d’une civilisation occidentale trouvant le dépassement de sa décadence dans le communisme. Quant à l’édification du parti et de l’imaginaire civilisationnel, il s’agit d’un parti unifié à une échelle supra-étatique –dans notre cas européenne– capable de combattre, sur le même terrain, les institutions de pouvoir de l’oligarchie financière et technologique atlantiste.
Pour l’articulation de la tâche stratégique de recomposition du parti, il est indispensable d’articuler à la base une tactique d’agitation efficace, capable de polariser le mécontentement social dans une perspective révolutionnaire. Cette agitation doit agir dans deux directions: d’une part contre l’ordre capitaliste et l’oligarchie, autrement dit, une agitation capable de polariser contre l’État et le capital le mécontentement vis-à-vis de l’ordre actuel, face aux chants de sirène de l’oligarchie et du fascisme qui cherchent à détourner ce mécontentement en réclamant davantage d’État et davantage de capital. Le MS (mouvement socialiste) et l’ensemble des détachements communistes doivent accomplir un travail d’avant-garde en polarisant la rue, sur toutes les grandes questions, vers la vision du monde prolétarienne face au Capital, empêchant ainsi la progression de la réaction et du fascisme comme fausse alternative.
D’autre part, nous devons développer une agitation efficace contre la complicité des partis parlementaires et, tout particulièrement, de la gauche réformiste, qui n’ont cessé d’adopter des réformes législatives restreignant les droits politiques, favorisant la prolifération de groupes fascistes dans la rue, donnant carte blanche aux forces policières, et renforçant l’atlantisme et le militarisme depuis leur position gouvernementale. En général, ces partis ont établi l’irrationalité comme prémisse du climat politique de la classe ouvrière, à travers leurs puissants appareils idéologiques, désarticulant toute possibilité de débat rationnel, agissant comme commissaires de la bourgeoisie face à l’option révolutionnaire. Tout en mettant en œuvre, depuis l’État, le même programme autoritaire que le fascisme est appelé à parachever, ils mènent une guerre sans merci à toute tentative d’articulation révolutionnaire, seule véritable garantie de résistance au fascisme. Ces partis font partie du problème, en normalisant la réaction au sein des classes moyennes sous ses formes irrationnelles, nationalistes, honteusement racistes et classistes, tout en désignant le fascisme comme seul phénomène extrême. Ce sont les mêmes qui peuvent tolérer, voire détourner le regard face à un génocide colonial n’importe où dans le monde, mais qui s’indignent bruyamment lorsque, comme dans le cas actuel de la Palestine, le génocide se montre trop brutal et manifeste pour cacher les coutures institutionnelles, diplomatiques et économiques entre colonialisme et social-démocratie impérialiste.
En somme, nous avons besoin d’une tactique d’agitation efficace pour polariser le mécontentement contre les oligarchies et le capitalisme, et tout aussi efficace pour dénoncer leurs valets et commissaires politiques, quels que soient leurs déguisements; une agitation dirigée non seulement contre l’oligarchie, mais contre l’ensemble du bloc historique du Capital. Le succès de l’agitation dans la démarcation des camps constitue le véhicule idéologique, la condition sine qua non de la recomposition idéologique et politique du bloc historique révolutionnaire.
Quant à la seconde grande tâche, celle de la ligne antifasciste proprement dite, il s’agit de recomposer les positions défensives du prolétariat occidental, aujourd’hui complètement désarticulé et atomisé. Il s’agit de le faire afin de pouvoir contenir chacun des trois axes programmatiques de l’oligarchie. À cette fin, le MS développera deux tâches subordonnées qui, ensemble, composent la tactique défensive antifasciste.
En premier lieu, nous constatons qu’aujourd’hui, l’antifascisme est atomisé, désorienté et en grande partie désarticulé en Occident, tandis que le fascisme est devenu à la mode parmi les jeunes générations. En ce sens, les communistes doivent agir comme colonne vertébrale du nouvel antifascisme, englobant la lutte contre la réaction et contre le fascisme, et faisant de l’organisation communiste la principale référence antifasciste, tout en transformant l’antifascisme en tendance de masse. Face à la proclamation traditionnelle "au fascisme, on ne lui répond pas, on le combat", nous défendrons qu’il n’est pas possible de combattre le fascisme sans, en même temps, discuter et vaincre la réaction sur le plan idéologique.
Ainsi, le MS doit développer des positions discursives sur toutes les questions qui composent le point de vue réactionnaire, et veiller à produire une propagande et une agitation efficaces contre la réaction. Les communistes doivent combattre la réaction au sein même de la classe ouvrière, assumant comme tâche propre la construction de pare-feu idéologiques dans les bases de la gauche traditionnelle qui commencent à dériver vers des positions réactionnaires —ce qui ne peut se faire qu’à travers la guerre culturelle et la lutte idéologique—. En complément nécessaire de cela, les communistes ont le devoir d’affronter le fascisme à proprement parler, dans la rue, comme expression la plus radicale de la réaction. Le fascisme ne peut être autorisé à acquérir ni normalité ni impunité dans son développement. Lutte d’avant-garde sur le plan idéologique et dans la rue: nous devons démontrer notre efficacité et notre engagement antifasciste pour combattre la réaction et le fascisme, et faire du MS la référence antifasciste internationale.
En deuxième lieu, les communistes doivent impulser et participer à l’articulation d’un grand front défensif de classe contre la réforme autoritaire de l’État, aux côtés de toutes les organisations indépendantes de la classe ouvrière, de mouvements sociaux, d’organisations, de détachements et de syndicats de classe, indépendamment des partis parlementaires, et donc réellement efficace contre l’autoritarisme étatique que le bloc du Capital met en œuvre. Ce front doit atteindre une dimension de masse et un niveau d’efficacité suffisant pour affronter aussi bien la restriction des droits politiques, l’État policier et la répression, que le militarisme. Il n’y a pas d’antifascisme complet si la classe, dans son ensemble, n’est pas capable de s’organiser pour stopper la dérive autoritaire des États, point d’aboutissement de tout programme fasciste. Front de masse contre l’autoritarisme étatique, donc, comme aboutissement organisationnel, sur le plan défensif, de l’antifascisme, face aux appels des grands partis de gauche à un front populaire qui réduisent le problème du fascisme à sa seule dimension mouvement-parti, tout en ignorant la réaction qui prolifère dans leurs propres bases, et en appliquant, consciemment ou non, le même programme autoritaire que les oligarchies.
Il se peut que des conjonctures futures rendent nécessaires des alliances tactiques avec ces forces bourgeoises de gauche pour combattre des gouvernements fascistes, mais ces compromis partiels ne peuvent se faire qu’à partir d’une indépendance politique et organisationnelle réelle, articulée en bloc, de la classe ouvrière face à l’État bourgeois. D’où la nécessité de lier la ligne antifasciste du MS à l’articulation, en premier lieu, d’un front prolétarien, et d’affronter clairement le problème qui se cache derrière l’essor du fascisme : la criminelle oligarchie atlantiste et son programme d’État autoritaire.
En résumé, la séquence d’articulation du bloc historique révolutionnaire consiste donc, en premier lieu, en l’édification de l’organisation communiste-forme mouvement (MS) comme avant-garde antifasciste intégrale contre la réaction et le fascisme, capable d’articuler défensivement la classe autour d’une large alliance de groupes et d’organisations, atteignant une efficacité tactique pour défendre les options politiques du prolétariat. Et, comme tâche stratégique générale, l’édification de l’organisation communiste-forme mouvement (MS) comme mouvement potentiel de recomposition offensive de la classe, débouchant sur un parti et un programme révolutionnaires à l’échelle européenne.