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La leçon des lycéens en France

Cette semaine, partout dans l’État français, des milliers de lycéens sont descendus dans la rue mettant en lumière la peur de la bourgeoisie et de ses serviteurs. Au Pays Basque nord également, une combativité depuis longtemps inédite était palpable aux abords des lycées. Les élèves ont résisté avec détermination aux assauts de la police. Les affrontements ont donné lieu à une vingtaine d'interpellations et à plusieurs blessés.


Comme l'a expliqué IAS, ces mobilisations doivent être appréhendées dans un contexte de déclin de l'État-providence, dans toute l'Europe. Alors que les coupes dans les services publics se poursuivent sans relâche, le budget militaire augmente, une évolution directement liée à l'érosion de la position mondiale privilégiée de l'Europe, et plus particulièrement de l'État français, dont le statut impérialiste est en net recul.


Dans ce contexte, il pourrait devenir de plus en plus difficile pour une société capitaliste —qui n'offre au prolétariat que misère et guerre— d'intégrer idéologiquement et politiquement la jeunesse de la classe travailleuse. Ces puissantes mobilisations peuvent être comprises à la lumière de la fracture générationnelle qui se dessine actuellement à travers l'Europe. En effet, alors que le "mouvement social" traditionnel et les porte-parole des classes moyennes attendent l'échéance de l'élection présidentielle, les lycéens de la classe travailleuse rappellent la possibilité de l'indépendance politique. Ils se mobilisent en dehors de l'agenda électoral —bien que sans programme politique—, prenant conscience de leur propre force et de leurs capacités, bouleversant ainsi totalement le paysage politique de l'État français.


D’autre part l'attitude adoptée durant cette séquence par les élus et les membres de LFI mérite d'êtr commenté. En dépit de la virulente campagne médiatique de criminalisation, ils se sont posés en médiateurs entre les lycéens et la police, appelant au calme de part et d'autre et tentant, dans certains cas, de stopper directement les lycéens mobilisés. Le caractère grotesque du programme social-démocrate a également été dévoilé : l'une des principales propositions du maire de Saint-Denis a consisté à retirer aux policiers municipaux les lanceurs de balles de défense (LBD), et bien-sûr ses propres agents se sont présenté sur les lieux des blocages équipés de ces armes. Enfin, la social-démocratie tente de réduire les revendications des étudiants à un programme électoral autour de l'éducation. Par conséquent, d’autres revendications sont reléguées au second plan et les changements possibles orientés exclusivement vers le cadre de l’État bourgeois.

 

La répression de la police a été énorme, mais en plus, le ministre français de l'Éducation a autorisé les chefs d'établissement à fermer leur lycée et à instaurer l'enseignement à distance pour priver les lycéens de la possibilité de manifester en les contraignant à rester chez eux. Un pas de plus vers l'Etat autoritaire.


Enfin, les étudiants de la classe travailleuse ont mis en lumière les faiblesses de nous autres, révolutionnaires communistes. Faute de propositions politiques et de forces militantes puissantes, les lycéens se retrouvent contraints d'affronter seuls la répression et la criminalisation étatiques, la rhétorique pacificatrice et électoraliste de la social-démocratie, ainsi que le discours médiatique cherchant à creuser un fossé entre les "bons étudiants" et les "fauteurs de troubles". À cet égard, la création et le renforcement d'organisations de jeunesse et d'étudiants socialistes constituent une tâche essentielle: il est nécessaire de contrer les discours criminalisants, d'organiser l'autodéfense de la classe travailleuse dans tous les domaines et de progresser vers des objectifs stratégiques au fil des luttes successives.


La jeunesse de la classe travailleuse a clairement démontré qu'elle possède la force et la détermination nécessaires pour relever les défis actuels et futurs. Ceux qui cherchent à condamner le prolétariat à la misère et à la mort par la guerre ont vu que leur entreprise ne serait pas si aisée. Toutefois, pour éviter que l'énergie de ces derniers jours ne soit gaspillée et pour que cet esprit combatif ouvre la voie à des victoires, l'organisation et une stratégie politique révolutionnaire seront indispensables à l'avenir.