Les élections municipales sont terminées et, d’une manière ou d’une autre, tous les partis revendiquent la victoire, mais rien n’a changé.
Dans le Pays basque nord, le degré de pacification de la concurrence institutionnelle locale est clairement apparu. Alors qu’en France, la rivalité a été féroce, avec la criminalisation, des critiques agressives et parfois même des affrontements physiques, rien de tel ne s’est produit ici. Si cette atmosphère apaisée peut s’expliquer en partie par la faible présence de l’extrême droite, le facteur principal réside à gauche.
En effet, au Pays basque nord, il n’y a pratiquement pas d’espace électoral à gauche du Parti socialiste français, alors que celui-ci est actuellement l’un des principaux garants du statu quo en dans l’Etat Français. EH Bai s’est présenté aux côtés du Parti socialiste à chaque fois qu'il en avait l'occasion, y compris avec Colette Capdevielle, la députée qui ne cesse de sauver le gouvernement de Macron. Bien sûr, cette alliance, qui devient stratégique plutôt que ponctuelle, nécessite de faire taire toute critique politique afin de la justifier. Ainsi, les divergences idéologiques avec la social-démocratie française s’estompent progressivement au sein de la base sociale et électorale de la gauche abertzale, de sorte que l’absence de critique engendre de moins en moins de contradictions.
D'autre part, nous avons assisté à l'irruption d'un discours réactionnaire sur la scène électorale, notamment à Hendaye et à Bayonne. Ces listes de droite et d’extrême droite ont rompu le consensus moral sur les droits humains des migrants, exigeant l’application stricte de la loi à Hendaye et en critiquant Pausa à Bayonne par la construction d’un lien raciste entre migration et insécurité. Dans ces deux villes, les maires ont recueilli une partie des voix de ces secteurs au second tour, ce qui pourrait conduire à une forme de gouvernance plus autoritaire au sein de ces mairies. De toute façon, en temps de crise, le consensus moral sur les droits humains n’a pas la vie longue, et nous devons affronter politiquement la réaction, tant dans la rue que sur le plan du discours. Soit dit en passant, Proteau, le conseiller des Républicains à Hendaye qui a axé toute sa campagne sur l’insécurité, s’est également prononcé en faveur d’un renforcement des pouvoirs de l’Agglomération, ce qui nous montre à quel point la revendication de l'institution locale est progressiste.
Mais le discours sécuritaire a également été repris par la gauche. La liste de Jean-Claude Iriart, par exemple, prévoyait dans son programme le renforcement de la police municipale de Bayonne. Quiconque vit à Bayonne sait quels sont les passe-temps favoris de ces policiers: harceler les sans-abri, retirer la propagande politique et contrôler les jeunes prolétaires en scooter. Alors que la question de l'armement de la police municipale a eu un grand écho dans certaines grandes villes de France, cette question n'est même pas soulevée dans les villes du Pays basque, car tous les partis qui ont un minimum de force sont favorables à l'armement. Si cela ne suffisait pas, la liste Bayonne en Mouvement a également mis l’accent sur le trafic de drogue, proposant de renforcer la collaboration avec l’État et la justice pour le combattre. Deux mois après que le préfet criminalise l’un des quartiers les plus pauvres de Bayonne par le biais d’une opération médiatique sur le trafic de drogue, dire que cette partie du programme est une attaque contre le prolétariat serait un euphémisme. Il est surprenant que le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) soutienne également ce programme, d’autant plus que le parti est censé défendre le contraire.
En ce qui concerne ce qu’on appelle le "troisième tour", la réalité, au-delà des illusions, est la suivante: le PNB n’avait qu’une seule voix à offrir sur les 221, et Alain Iriart ne s’est pas présenté comme abertzale. Au contraire, il a toujours affirmé qu’il ne se présentait pas en tant que membre d’un parti. Etxegarai et Capdevielle sont allés jusqu’à qualifier Iriart comme républicain, en référence, bien sûr, à la République française. Iriart ne les effraie pas parce qu'il ne représente pas une rupture, et non parce que la gauche abertzale serait devenue hégémonique. Nous l’avons vu à Bayonne, Etxegarai a eu d’autres cibles quand il a voulu agiter la peur pour gagner des voies. Il n’y a pas de rupture, Alain Iriart l’a clairement montré lorsqu’il a demandé des applaudissements pour le macroniste Etxegarai. La composition de la Communauté d'agglomération, qui a voté en faveur du réarmement en janvier, n’a pas beaucoup changé, et dire qu’on gouvernera pour toutes les sensibilités revient à mettre le peu de pouvoir de l’Agglo au service du processus d’autoritarisation et de militarisation.
Au Pays basque nord, comme dans toute l’Europe, seule la militance politique communiste peut faire face à l’avenir sombre qui s’annonce. Les appels au service militaire sont de plus en plus répandus, la guerre de plus en plus proche et le processus d’appauvrissement des travailleurs ne prend pas de pause. Nous devons proclamer et organiser une rupture avec toutes les forces bourgeoises, car c’est la seule façon pour le prolétariat d’acquérir un vrai pouvoir, de faire de la vraie politique. Les élections sont terminées, mais le temps de la politique ne l’est pas. Espérons qu’on aura l’occasion de voir tous ceux qui se sont mobilisés contre l’abstention dans la lutte.